Sur un chantier, la gestion des déchets structure le déroulement des travaux et réduit les risques réglementaires et environnementaux. Prévoir les flux, organiser le stockage et planifier l’évacuation évite retards et coûts imprévus. Ce guide donne des repères pratiques pour classer, trier, tracer et valoriser les déchets de construction, avec des exemples métiers pour passer immédiatement à l’action.
Déchets de chantier : quels enjeux ?
Le secteur du bâtiment produit des volumes élevés de déchets. Agir sur ces flux réduit l’impact environnemental et stabilise l’approvisionnement en matières premières.
- Chiffres : selon l’Ademe, le bâtiment génère 46 millions de tonnes par an ; 51 % en démolition, 36 % en rénovation, 13 % en construction neuve.
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Objectifs : limiter la mise en décharge, favoriser le réemploi et le recyclage pour obtenir des matières premières secondaires.
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Risque : dépôts sauvages et pollutions si la gestion fait défaut. La réglementation pousse vers une économie circulaire du matériau.
Comment sont classés les déchets de chantier ?
Trois familles facilitent le tri et l’orientation vers les filières adaptées.
Déchets inertes : matériaux qui ne se décomposent pas et n’entraînent pas de réaction chimique. Exemple : béton, tuiles, ciment, sable, gravats. Recommandation : séparer la terre non polluée et le verre.
Déchets non dangereux non inertes (DIB) : matériaux non explosifs et non corrosifs. Exemple : bois, plastiques, métaux, isolants, déchets verts. La Fédération française du bâtiment propose des pictogrammes pour l’identification.
Déchets dangereux : volumes faibles mais risques élevés. Exemple : terres polluées, huiles, solvants, emballages souillés, lampes, piles, accumulateurs, amiante. Gestion sous règles strictes.
Réglementation et responsabilités sur le chantier
La loi définit qui produit le déchet et qui assume le suivi jusqu’au traitement final.
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Responsable : le producteur du déchet assure la collecte, le stockage et l’élimination. Pour des travaux réalisés par une entreprise, cette entreprise endosse la responsabilité.
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Prestataires : le producteur doit vérifier les autorisations du transporteur ou du collecteur, notamment pour le transport de déchets dangereux.
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Devis : depuis le 1er juillet 2021, les devis de travaux doivent mentionner les modalités de gestion des déchets : estimation des volumes, types de déchets, points de collecte, coûts de gestion.
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Interdiction : l’enfouissement et l’incinération sur site sont interdits. Les déchets doivent transiter par des filières autorisées.
Bonnes pratiques et organisation sur le chantier
Un plan anticipé réduit les ruptures d’approvisionnement et facilite la valorisation des matériaux.
Plan de gestion : rédiger un Schéma d’Organisation de la Gestion et de l’Élimination des Déchets de chantier (SOGED) avec ces questions :
- nature et volume prévus des déchets ;
- méthode de collecte et points de dépôt ;
- responsable du suivi ;
- filières de réemploi ou de recyclage identifiées.
Tri et flux : appliquer le tri « sept flux » quand les volumes dépassent 1 100 litres par semaine. Les sept flux :
- fractions minérales (gravats, béton, brique, tuile, ardoise, céramique)
- plastiques
- métal
- verre
- papier / carton
- bois
- plâtre
Stockage et collecte : choix du contenant selon le matériau et le volume. Exemple métier :
- maçon : bennes pour béton et ferraille séparés ;
- charpentier : palettage du bois propre pour réemploi ;
- couvreur : sacs ou bennes pour tuiles, ardoises triées par matériau ;
- électricien : collecte des câbles cuivre et des lampes séparée en contenants étanches.
Pour la location de benne à Compiègne, prévoir le volume, le type de benne et la durée de stationnement. Si la benne empiète sur la voie publique, demander une autorisation à la commune au minimum 15 jours avant le chantier.
Traçabilité et circuits de reprise
La traçabilité évite les dépôts sauvages et fournit des preuves en cas de contrôle.
Bordereaux : depuis le 1er juillet 2021, un bordereau de dépôt couvre les déchets inertes et non dangereux. Les déchets dangereux font l’objet de formulaires ciblés :
- BSDD : bordereau de suivi des déchets dangereux ;
- BSDA : bordereau de suivi des déchets d’amiante.
Chaque intervenant (entreprise, transporteur, installation) complète son exemplaire. Conservation des documents : 5 ans. Toute entreprise doit tenir un registre des déchets sortants.
Points d’apport : déchetteries publiques pour petits volumes, centres de traitement pour profils plus lourds et collecteurs qui viennent en chantier. Certaines structures achètent des déchets pour réemploi.
Valorisation et évolution réglementaire
La hiérarchie de traitement favorise la réduction et la création de matières secondaires.
- Réduction à la source : conception rationnelle, optimisation des coupes, achats calibrés.
- Réemploi : récupération d’éléments structuraux ou d’aménagement.
- Recyclage : boucles matières pour béton recyclé, bois retransformé, métaux fondus.
- Valorisation organique ou énergétique : compostage pour déchets verts, incinération en valorisation énergétique si filière adaptée.
- Mise en décharge : recours final, dans des installations dédiées.
Loi AGEC et REP bâtiment : les coûts de traitement des produits entrants seront progressivement intégrés au prix des matériaux. Les filières de reprise se mettent en place pour permettre la reprise gratuite sous conditions de tri et de dépôt dans des points agréés. Ce dispositif crée des boucles d’approvisionnement secondaire et des opportunités pour les entreprises performantes en gestion des déchets.
Une gestion structurée des déchets réduit les risques réglementaires, génère des économies sur le long terme et améliore l’image de l’entreprise. Pour un chantier préparé, la clé reste la planification des flux, la séparation des matériaux et la traçabilité des enlèvements.




